Les enjeux des études supérieures

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La bulle des prêts
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Les chaires universitaires sponsorisées

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Embryonnaire médecine

Pour personnaliser les filières de la santé, le futur bachelor est très attendu. Et paraît déjà insuffisant.

Une formation complète en médecine au Luxembourg? C’est loin d’être une utopie.

En 2020, si les prévisions sont respectées, l’Université du Luxembourg ouvrira les premiers cours d’un bachelor en médecine. Pour devenir médecin, on suit en principe un cycle de trois fois trois ans: bachelor, master et spécialisation.
Actuellement, seule la première année de la discipline peut se pratiquer au Grand-Duché. Les étudiants partent ensuite vers la France
(34 places réservées), la Belgique francophone (15) et l’Allemagne (3), où ils sont intégrés en deuxième année dans les établissements partenaires de l’Université du Luxembourg, en vertu d’accords… à géométrie variable.

Cette année tremplin a été créée dans les années 1980. Elle faisait partie du «Centre universitaire de Luxembourg», qui a jeté les fondements de l’Université, lancée en 2003. Il s’agissait de permettre à de futurs médecins luxembourgeois d’effectuer leurs premières armes universitaires au pays, avant d’affronter les grandes machines que sont les universités étrangères, et de ménager pour les résidents du Luxembourg (qui représentent près de 80% des étudiants de la section) une porte d’entrée privilégiée vers Strasbourg, Nancy, Louvain, Munich…
Au point que la filière a même souffert d’une réputation «passe-droit» tout à fait usurpée aujourd’hui, vu la sélection avant l’admission et en fin d’année.

Jean-Luc Bueb, le directeur d’études de cet embryon de fac de médecine, en résume facilement l’intérêt: «Cela permet d’entamer ses études
sans couper les liens avec le cocon familial, et c’est financièrement plus intéressant. Notre enseignement, par petits groupes, est très individualisé, et les profs ont toujours leur porte ouverte pour les étudiants.»
Hugo Tamburini et Jean-Baptiste Rosselet, qui font de l’accompagnement d’étudiants à Belval, au sein de l’Académie de soutien aux études
médicales et supérieures (Asemes), évoquent avec horreur ces centaines d’étudiants en médecine rassemblés pour un même cours dans plusieurs amphithéâtres à Nancy. «Nous passions des examens en « questions à choix multiples » corrigés par des robots… Nous étions des numéros. C’est l’antithèse de ce qui se fait à l’Université du Luxembourg.»

Les Etats étrangers qui assurent la formation des médecins luxembourgeois en auront peut-être marre un jour

Alors que le poids du secteur médical est appelé à grandir, ne fût-ce qu’en fonction de l’accroissement de la population, et de son vieillissement, susciter des vocations au Luxembourg est capital. Et les accompagner tient du bon sens. Une spécialisation de trois ans en médecine générale est d’ores et déjà active, et des spécialisations en oncologie et neurologie doivent être mises sur pied parallèlement au nouveau bachelor.
Le Luxembourg, qui manque de médecins, et particulièrement de médecins luxembourgophones, est aussi tenu par son initiative Biotech,
qui demande elle aussi des talents diplômés dans la branche. Les besoins sont là.
Faut-il dès lors sous-traiter ailleurs une formation quand on a les moyens de l’assurer, et des besoins spécifiques à rencontrer? Poser la question, c’est déjà y répondre… pour peu qu’on veuille réellement libérer ces moyens, et attirer les spécialistes aptes à les prodiguer.

«Les Etats étrangers qui assurent la formation des médecins luxembourgeois en auront peut-être marre un jour, au point de fermer leurs portes», hasarde sans hérésie Amandine Meisch, la vice-présidente de l’Association des étudiants en médecine (Alem). L’expérience des filières allemande et belge, qui se sont taries, parfois temporairement, était un coup de semonce intéressant.
Après mûre réflexion – le corps médical lui-même est très partagé –, les bases du bachelor ont donc été lancées par le gouvernement. Avec un financement qui montera graduellement à 8 millions par an. La suite dépendra autant des besoins que de la cohérence de la filière.

Le bachelor, un avant-goût du master?

Voir grand, c’est supprimer des entraves

L’ancien doyen de la faculté des sciences, Paul Heuschling, est chargé de poser les bases du nouveau bachelor en médecine. «Notre première tâche est de recruter le directeur de la formation. C’est une fonction capitale, puisqu’elle consiste bien sûr à établir le programme des cours, en phase avec ceux des universités partenaires où nos étudiants passeront leur master, mais surtout à tisser des liens solides avec ces partenaires pour garantir que notre enseignement soit reconnu, et que nos étudiants soient repris. Sans cela, on n’attirera personne.» Il s’agira ensuite d’engager un directeur administratif, et des professeurs… «Des professeurs déjà en place pourront donner de nouveaux cours, et nous recruterons des médecins, des biologistes, des chimistes… et nous comptons aussi sur l’aide d’instituts comme le LIH (Luxembourg institute of health). Sans compter, bien sûr, la participation de professeurs d’universités partenaires, pour qu’ils aient un regard sur notre programme et puissent juger de sa qualité.»

Ce bachelor est plus une question de survie qu’un caprice académico-politique. L’Uni a été confrontée, par exemple, à de nouveaux décrets belges qui ont tari la filière il y a quelques années, laissant des étudiants formés à Luxembourg dans l’impossibilité de passer en deuxième. En Allemagne, les conditions légales sont devenues tellement strictes que la filière sarroise s’est tarie d’un coup, et que
seules trois places sont désormais garanties. L’étudiant de Luxembourg qui veut être sûr d’aller à Munich a intérêt à être premier de promotion…

L’association des étudiants n’a pas caché sa préférence pour une filière médicale complète, master inclus. «C’est une nécessité structurelle, en fonction des besoins, sans même parler de l’aspect linguistique et du déficit de la langue luxembourgeoise dans les milieux médicaux. Qu’on n’oublie pas que cette barrière linguistique peut causer des fautes graves de traitement. Le bachelor n’est donc qu’un premier pas», estime la vice-présidente de l’Alem, Amandine Meisch. «Envoyer les étudiants à l’étranger en master, c’est prendre le risque qu’une partie d’entre eux ne revienne pas pratiquer ici.»

Pour Jean-Baptiste Rosselet, (Asemes) le Luxembourg est parfaitement capable de développer une filière médecine complète. «L’Université serait maître de ses formations, et cela l’affranchirait de beaucoup de problèmes liés au passage vers d’autres établissements. La clé sera d’impliquer les structures hospitalières.».

«L’académisation de la médecine au Luxembourg est très souhaitable», convient Paul Heuschling, qui agrée la perspective du master… tout en appréciant la possibilité de faire grandir son embryon d’école médicale progressivement, en partenariat avec les acteurs étrangers indispensables à son développement. Trop d’indépendance pourrait nuire, à ce stade précoce. L’évaluation du bachelor, prévue quand il sera bien lancé, sera un moment capital.

Envoyer les étudiants à l’étranger en master, c’est prendre le risque qu’une partie ne revienne pas.

 

2.362

Le Luxembourg compte 2.362 médecins, toutes spécialités confondues, dont 1.129 de nationalité luxembourgeoise. Entre 2016 et 2017, leur nombre s’est accru de 129 (dont 35 Luxembourgeois). De 2010 à 2016, le nombre de généralistes a augmenté de 22%, celui des spécialistes de 19%, soit une augmentation supérieure à celle de la population (+ 15%). On comptait 2,77 médecins par 1.000 habitants en 2010 et 2,92
en 2016, d’après l’OCDE.. Le nombre de médecins diplômés de nationalité luxembourgeoise est en augmentation constante, mais il reste inférieur au potentiel. Il y en a eu 32 en 2014, 40 en 2015, 45 en 2016 et 56 en 2017.

By | 2019-01-15T15:06:14+00:00 novembre 29th, 2018|